La faillite a réussi à l’Argentine PDF
Jeudi, 17 Novembre 2011

Mais comment s’en sont-ils sortis ?

En Argentine, la présidente sortante, Cristina Kirchner, a été confortablement réélue. Elle a obtenu 53,08% des voix contre 17,11% à son principal rival, le socialiste Hermes Binner, et 12,48% au radical, Ricardo Alonsin. Cette élection nous rappelle que la faillite d’un pays est possible. Mais que ce n’est pas non plus la fin du monde, si tout le monde se retrousse les manches.

Portée par un caractère bien trempé, la présidente sortant a réussi, à 58 ans, un retour impressionnant, après avoir vu sa cote de popularité dégringoler au début de son premier mandat. Elle sort renforcée de ce scrutin, pour poursuivre sa politique économique interventionniste, qui plaît à une majorité de la population, mais mécontente les investisseurs.

Elle a, notamment, conquis ses concitoyens avec une politique généreuse de redistribution sociale, notamment avec les retraités et les familles. S'exprimant brièvement devant les journalistes, au moment de son vote dans la province de Santa Cruz, elle a défendu sa politique économique en période de crise mondiale: "Quand on voit ce qui se passe dans le monde, on peut être fier de l'Argentine."

Pour les Argentins, il y a de l’Evita chez Christina, qui a bénéficié, également, de la popularité posthume de son mari, président avant elle. Beaucoup pensaient alors que les jours du "Kirchnérisme", dernier avatar du péronisme, étaient comptés. D'autant, qu'une sévère défaite, lors des élections de mi-mandat, lui avait fait perdre le contrôle du congrès.

A la mort de son époux, en octobre 2010, des rumeurs disaient même Cristina Kirchner sur le point de quitter la vie politique. Nestor Kirchner, son prédécesseur à la Casa Rosa, la résidence de la présidence argentine, était son principal conseiller politique et, pour beaucoup, le vrai leader du pays. Mais, c'était mal connaître le solide tempérament de cette avocate originaire de Patagonie, la province la plus méridionale du pays. La popularité de la "viuda" (la veuve) a rebondi après les funérailles nationales de son mari, qui ont bouleversé le pays.

Cristina Kirchner, qui porte toujours le deuil, impressionne par sa stature et son courage. Il faut également rechercher les raisons de son soutien populaire élevé du côté de l'économie. La croissance atteindra 8% cette année ; le chômage est à son plus bas niveau depuis vingt ans ; la confiance des ménages à un plus haut historique. Un miracle néo-péroniste pour un pays qui a connu la faillite.

La dette qui a faillit tuer l’Argentine

C’était il y a une décennie . « L’économie était en récession. La dette extérieure était colossale. La fuite des capitaux et l'évasion fiscale avaient réduit la capacité de remboursement du pays à zéro. Aucune banque, ni aucune institution ne voulaient prêter quoi que ce soit au gouvernement », comme le rappelle, aux Echos, François Bourguignon, professeur d’économie. « Faute de liquidités le pays en était arrivé à payer ses fournisseurs et ses employés avec une sorte de quasi monnaie, fortement décotée dans le public.

En trois ans, le PIB par habitant avait diminué de 12 %. Le chômage et la pauvreté avaient atteint des sommets. Lorsque  le gouverne­ment décida de geler tous les dépôts pour enrayer la banqueroute, la population descendit dans la rue rejoindre les activistes. Les manifestations se firent de plus en plus violentes. Un jour, il y eut des morts. Le lendemain, le gouvernement démissionnait.

Un gouvernement provisoire déclara le défaut sur la dette. Un mois plus tard, un nouveau gouvernement décréta le retour à une seule monnaie nationale, qui dévalua rapidement, jusqu'à voir sa valeur divisée par quatre ! En même temps, la hausse des prix des biens importés projetait l'inflation à plus de 80 %annuel. Cette même année, le PIB réel par tête plongea encore de 11%. »

Puis la situation se stabilisa avant de véritablement  s'améliorer. D'une part, la dévaluation commença de produire ses effets sur la balance commerciale. Les touristes commencèrent à nouveau d'affluer. Par chance, les prix internationaux de certaines exportations se mirent à fortement augmenter. Un excédent  commercial substantiel apparut. Libéré d'une grande partie du poids de la dette, le gouvernement put accumuler des réserves internationales, lui permettant d'échapper à la contrainte de crédit extérieur

Et la croissance revint ! Il fallut quatre ans pour retrouver le niveau de revenu d'avant la crise. Mais le taux de croissance tendanciel a maintenant doublé. Tout va mieux, sauf peut-être un regain d'inflation. Le gouvernement vient même de gagner les élections..

Monnaie nationale-dévaluation-épreuve de force avec la finance internationale. On voit les recettes et les remèdes pour s’en sortir. Mais à quel prix ? L’Argentine : un précédent à étudier.

Jean Bonnevey
Metamag

 

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