La Russie est de retour ! PDF
Vendredi, 30 Novembre 2012

Chronique macroéconomique de Marc Merlo

En 2007, Pascal Marchand s'interrogeait sur l'avenir de la Russie. Son ouvrage, Atlas géopolitique de la Russie : Puissance d'hier, puissance de demain ?, résumait son interrogation. En 2012, la réédition du livre précédemment cité le conduit à en réviser le titre (Atlas géopolitique de la Russie : la puissance retrouvée). La Russie a retrouvé sa puissance après une période d'instabilité profonde marquée par la chute de l'URSS et les crises économiques qui l'ont suivie. Ce scénario conduit les auteurs, Pascal Marchand, professeur des Universités à Lyon II et chercheur au centre Magellan Lyon III, et Cyrill Suss, cartographe indépendant, à comparer le pays à un phénix géopolitique qui renait de ses cendres. C'est, en effet, à partir des restes de l'empire soviétique que cette puissance s'est reconstruite et peut faire valoir ses intérêts géostratégiques même si elle doit encore affronter de nouveaux défis.

 

Les bases de la puissance actuelle de la Russie reposent sur trois piliers fondamentaux : l'héritage de l'URSS, les changements effectués, les ressources naturelles de la Russie. Dans ces piliers se réunissent « les éléments de la puissance ». 

L'union soviétique avait doté la Russie d'une force nucléaire, militaire, spatiale considérable. Rosatom, l'agence fédérale pour l'énergie atomique, est un acteur mondial majeur qui a contribué, entre 1995 et 2006, à placer la Russie en excellente position sur ce marché. Elle s'était octroyé 35% du marché mondial. Quant au spatial, elle reste seule capable de concurrencer les Etats Unis en maîtrisant l'ensemble du savoir-faire depuis la fabrication jusqu'à l'arrimage dans l'espace. La force militaire avait subi un affaiblissement conséquent expliqué par le repli territorial et la réduction d'effectif. La guerre de Géorgie en 2008 révèle que la puissance militaire russe n'a pas totalement disparu.

Mais l'héritage ne l'URSS ne suffit pas à expliquer le retour de la Russie sur le plan internationale. Le bois, Le pétrole, l'aluminium, les produits minéraux font l'objet d'exportations importantes chiffrées en 2008 à 467,9 milliards de dollars dont 310,1 pour les hydrocarbures. A côté des ressources naturelles, la volonté des dirigeants assure la relance de certains domaines. Le quotidien Les Echos du 3 novembre 2010 nous rapporte les propos de Dimitri Medvedev annonçant « un investissement dans l'innovation russe d'un milliard de dollars en dix ans ». L'agriculture est soutenue par l'Etat depuis l'arrivée de Poutine aux affaires mais elle souffre toujours de la baisse du cheptel.

 

 

Les intérêts géostratégiques russes peuvent se regrouper en trois catégories : le maintien des relations avec les anciennes républiques soviétiques, la présence dans des zones complexes, les relations avec ses autres voisins.

A l'origine créée pour assurer un démantèlement en douceur de l'ancien URSS, la CEI survit à la disparition de sa raison d'être. Elle devient une « association multiforme » générant de nombreux traités et accords. Mais la question de son identité propre demeure. Au sein de cette communauté deux pays font l'objet d'un développement particulier : la Biélorussie et l'Ukraine. Ces deux pays ont en commun d'être traversés par les oléoducs russes. Ils entretiennent des relations privilégiées avec Moscou qui leur échange un gaz à bas prix contre de faibles droits de transit.

Certaines régions avoisinant la Russie suscitent de nombreuses convoitises. Tel est le cas de l'Arctique contesté par les Danois. Autour de la mer noire gravite nombre d'intérêts. C'est un lieu de passage du pétrole du pétrole russe. Le port de Sébastopol en Crimée est la principale base militaire russe à l'étranger. Le Caucase reste une zone de fortes tensions. Y cohabitent difficilement trois Etats, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.

Enfin, La Russie entretient des relations avec d'autres pays. Les auteurs ne présentent que les affaires avoisinant ses frontières en Asie et en Europe. En Europe, l'UE représente un partenaire de choix pour la Russie en terme d'exportation même si elle veut « appliquer à la Russie les mêmes schémas qu'aux pays candidats à l'adhésion, s'efforçant de transformer la relation russo-européenne en un exercice d'harmonisation. » prétend Bayon, Courrier des pays de l'est, 2002.

Les défis qui se présentent à la Russie sont résumés en trois catégories : les enjeux de la population, de l'aménagement du territoire et économique.

La Russie est un Etat multinational incorporant de multiples minorités et nationalités comme les Bachkirs, les Tchouvaches. « Le recensement de 2002 dénombre 153 nationalités, en se limitant aux groupes nationaux dont les racines sont en Russie et aux groupes des pays limitrophes ». Face à cette situation la question de l'identité russe est plus que jamais d'actualité. Mais elle n'est pas l'affaire la plus préoccupante. Depuis 1992 le pays affiche un recul de la natalité sur la mortalité. Une première en temps de paix. L'alcool, le vieillissement de la population, le taux élevé de mortalité infantile seraient à l'origine du drame. La situation est grave, pas désespérée. Le redressement précaire de la natalité subvenue en 1999 et l'immigration permettent de limiter la casse. En 2002, la population russe a baissé de moins de deux millions par rapport à 1989.

L'aménagement du territoire procure, lui aussi, bien des ennuis au pouvoir central. L'espace urbain, hérité de l'URSS n'était pas conçu pour le monde consumériste d'aujourd'hui : peu de centres commerciaux. Les « monovilles » furent bâties pour l'implantation d'industrie et des ouvriers qui les accompagnent. Pour les relier, le réseau routier et ferroviaire se montre dépassé. La route est qualifiée de « fléau de la Russie » selon l'expression du marquis de Custine et le réseau ferré « vétuste et surchargé ». outre, Moscou souffre d'un manque de contrôle si important sur son territoire qu'en 1996, les chefs d'administration de région ont obtenu le droit de se faire élire au suffrage universel.

Les enjeux économiques sont principalement centrés sur l'énergie. La Russie sera-t-elle capable d'honorer les contrats en cours en sachant le prix des dépenses nécessaires pour leur poursuite ? Selon l'agence internationale de l'énergie, ces dépenses sont évaluées à 935 milliards de dollars d'ici à 2030. A cela s'ajoute la question environnementale longtemps ignorée par le régime soviétique.

 

La grande qualité de ce livre est la clarté. Chaque grand thème abordé (les éléments de la puissance, la puissance face à ces défis, les intérêts géostratégiques de la Russie) se présente sous l'aspect de différents sous-thèmes exposés en deux pages à l'aide de cartes, de statistiques, d'un court développement. L'ensemble est pédagogique. L'essentiel est saisi rapidement. Les idées maîtresses vite repérées.

A ce sujet, certaines d'entre elles ont attiré notre attention. La première concerne le redressement précaire de la démographie russe. Elle se confirme ces dernières années. Les neuf premiers mois 2012 indiquent une hausse de 7% de la natalité par rapport aux neuf premiers mois de 2011 et pour la même période la mortalité baisse de 2%. Le problème n'est toujours pas résolu. La population russe continue de chuter. 21.180 habitants en moins, c'est le résultat démographique de ces neufs premiers mois. Mais comparé aux 128.854 habitant de moins pour la même période, l'année précédente, l'amélioration est importante.

La deuxième concerne le rôle joué par les dirigeants dans la renaissance économique de la Russie. A de nombreuses reprises Pascal Marchand salue l'action des hommes politiques et reconnaît le travail efficace accompli par Vladimir Poutine dans le secteur agricole et industriel. Parlant du l'industrie de consommation, l'auteur constate: « avec Vladimir Poutine, l'Etat organise la sortie » du marasme dans lequel était plongée ladite industrie. Un livre récent paru aux éditions Ellipses, intitulé « La nouvelle grande Russie » insiste aussi sur l'intervention bénéfique de Vladimir Poutine. Son auteur, Xavier Moreau, présente l'avantage d'être un chef d'entreprise installé en Russie. Il a donc profité de la politique mise en place. Son expérience rend son propos particulièrement intéressant.

La troisième concerne le retour de la Russie comme puissance régionale incontournable. La guerre de Géorgie avait permis de constater une manifestation de force de la Russie dans un territoire frontalier. Le retour de la Russie se confirme. En Géorgie, le premier ministre élu est Ivanichvili, chef du parti pro-russe. En Ukraine les dernières élections n'ont pas départagé les pro-russes des pro-européens. La bataille perdure, mais les Russes ont toujours des partisans.

En revanche on peut regretter une analyse trop régionale de la Russie et pas suffisamment approfondie sur les grands problèmes internationaux auxquels la Russie était partie prenante. Prenons l'exemple de la Géorgie en 2008. Le livre ne présente pas cette crise. De même, alors que la Russie détient un rôle important au proche-Orient, le sujet n'est pas évoqué.

Marc Merlo,
Pour l'Acropole.info

 

Commentaires

 
#2 michel chauffete 18-01-2013 22:17
Si le grand Media hait Poutine, c'est qu'il a donné un coup de frein a la foire d'empoigne qui voyait les Juifs de Russie privatiser a leur profit toutes les ressources de leur pays. Il a meme eu le culot de mettre au trou Khodorkorski, le plus riche et probablement le pire d'entre eux. Il ne m'étonnerait pas qu'il se fasse assassiner par un Juif, comme le furent avant lui Alexandre 2, le tzar liberateur, et Stolypine, qui aurait pu sauver la russie tzariste. Si vous etes croyants, n'oubliez pas Poutine dans vos prieres !
 
 
#1 Barrère 10-12-2012 18:28
Oui mais...

Quand est-ce que la Russie se convertira?
 

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