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La chronique sociologique de Rodrigue Martin.
Le ministre de l'Éducation Vincent Peillon veut instaurer des cours de morale "laïque" à l'école. Selon un sondage de l'Internaute.com, vous êtes :
Pour : 83.4% Contre : 13.4% Je ne sais pas : 3.2%
(source : http://www.linternaute.com/actualite/questionnaire/fiche/17678/d/f/1/)
Voilà comment Mr Peillon définit la morale :
"Je n'ai pas dit instruction civique mais bien morale laïque. C'est plus large, cela comporte une construction du citoyen avec certes une connaissance des règles de la société, de droit, du fonctionnement de la démocratie, mais aussi toutes les questions que l'on se pose sur le sens de l'existence humaine, sur le rapport à soi, aux autres, à ce qui fait une vie heureuse ou une vie bonne. Si ces questions ne sont pas posées, réfléchies, enseignées à l'école, elles le sont ailleurs par les marchands et par les intégristes de toutes sortes".
( source : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/vincent-peillon-pour-l-enseignement-de-la-morale-laique_1155535.html)
Personnellement je voulais savoir à quoi les enfants qui m’entourent seront mangés à la rentrée prochaine, il m’a donc sembler légitime de questionner plus en profondeur les propos de Mr Peillon, au-delà du discours politico-marketing qu’il est obligé d’adopter pour nous vendre son nouveau produit.
Question pour un champion:
- D’abord qu’est-ce que donc que la morale laïque ?
Il ne faut pas selon Mr le ministre « Confondre morale laïque et ordre moral". "C'est tout le contraire. Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix".
Voilà c’est clair : la morale laïque a pour but de relativiser toutes les valeurs que vous aurez transmises à vos enfants, parce que vous les jugiez bonnes, et ce au nom de la liberté.
Donc première conséquence de cette morale Peillon : les parents sont délestés d’un souci : ils ne sont plus éducateurs. Nourriciers, hôteliers, machines à câlins oui mais éducateurs des intelligences et des âmes non, l’Etat s’en charge pour eux. Mais les cours d’éducation sexuelle nous avait déjà habitués à cette logique.
Parents veuillez choisir votre camp !
Remarquons aussi que M. le Ministre ne pense pas un seul instant à vous chers parents quand il évoque les personnes ou les institutions aptes à traiter du sens de l’existence, de ce qu’est une vie bonne : c’est soit l’école soit les intégrismes, il n’y a pas de troisième voie.
- Ensuite en quoi la construction du citoyen, la connaissance des règles de la société, de droit, mais surtout du fonctionnement de la démocratie font partie de la morale laïque ?
Alors là la réponse coule de source : depuis la Révolution et les Lumières on sait que la seule valeur refuge face à tous les déterminismes et à tous les intégrismes c’est la démocratie. Et celle-ci s’accompagne obligatoirement des idéologies nommées Droits de l’homme et laïcité puisque ceux-ci sont pensés comme ses garants.
- Enfin, en quoi l’école publique a-t-elle autorité non seulement pour traiter des questions touchant au sens de l’existence humaine mais plus encore pour y donner une réponse ?
- De même en quoi l’école publique a-t-elle autorité pour dire ce qu’est une vie heureuse ou une vie bonne ? Au nom de quoi ? En vertu de quels principes?
Cette question est complexe. Quand Mr Peillon affirme cela il part de nombreux postulats tacites :
- la laïcité de notre société, donc de notre système éducatif, serait le garant de l’objectivité et donc de la vérité quant aux questions qui concernent le sens de l’existence. Pourquoi ? Parce qu’elle permet d’échapper à tous les déterminismes et garde la liberté de conscience.
- En effet, depuis Rousseau, la conscience est l’« instinct divin, [l’] immortelle et céleste voix ; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu, c'est [elle] qui fait l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions » (Emile). Donc si l’homme est conçu comme un dieu capable de définir le bien et le mal, de fait il semble injustifié d’aller contre sa nature, contre ses tendances naturelles à juger du bien et du mal. (L’ironie c’est que Rousseau continue ce passage de l’Emile sur la conscience en écrivant : «Grâce au ciel, nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philosophie : nous pouvons être hommes sans être savants ; dispensés de consumer notre vie à l'étude de la morale, nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines. » !!!)
- La nature humaine réside donc dans le fait d’avoir une conscience capable de définir le bien et le mal mais aussi et surtout dans le fait d’être libre. Et au nom de cette liberté, il faut arracher l’enfant à tous les -ismes qui pourraient le menacer : déterminisme, intégrisme...
Et là encore c’est un melting-pot de concept :
Il y a du Rousseau pour le concept de l’homme autonome et capable de se donner à lui-même ses propres lois (exposé dans son Du contrat social), et du Sartre pour le concept d’ « existence [qui] précède l’essence » et qui rend l’homme créateur de sa propre nature (exposé dans sa conférence « l’existentialisme est un humanisme »)
La volonté d’être des dieux est une tentation humaine vieille du jardin d’Eden !
Et ainsi c’est parce que l’école est un haut lieu de laïcité, vraie bastille des Droits de l’homme, qu’elle serait la plus à même de défendre la liberté de chacun en donnant des réponses au sens de l’existence et qu’elle aurait, de plus , autorité pour cela.
CQFD.
Il y a un mais…
Mais quelle sorte de morale (dont la définition du dictionnaire est : « Ensemble des règles de conduite et des valeurs qui définissent la norme »), de cours de morale pourrait être compatible avec une telle définition de l’homme ?
Mais cette obsession de la liberté individuelle au détriment de tous les autres aspects de l’homme n’est-ce pas finalement une forme d’intégrisme religieux comme un autre ou Dieu s’appelle liberté (d’agir, de penser, de conscience, de choisir son sexe, l’heure de sa mort…) ?
Mais quand on lit ces lignes du Figaro.fr : « En 1999, [Laurence Loeffel] a écrit un essai sur Ferdinand Buisson, l'un des pères de la laïcité sous la IIIe République. L'ouvrage intitulé Ferdinand Buisson, apôtre de l'école laïque, rappelle celui qu'a écrit en 2010 Vincent Peillon, Une religion pour la République: la foi laïque de Ferdinand Buisson. Deux ouvrages tournant autour de la même idée: celle d'une laïcité empreinte de foi. » Ne peut-on pas craindre légitimement de voir émerger une nouvelle religion d’Etat, instrument utile à qui possède le pouvoir ?
Rodrigue Martin, pour l'Acropole.info
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